1er dimanche de Carême

1er dimanche de carême

11 Mar 2019, Posté par Moniales de Beaufort dans Actualités, careme

Et si nous étions des funambules… qui se jettent dans l’abîme de l’amour de Dieu ?

 « Dieu, viens à mon aide. Seigneur, viens vite à notre secours ! » Que faisons-nous quand nous chantons ce verset de psaume pour introduire chaque office ? Nous faisons un exercice d’espérance, personnel et communautaire inextricablement. Et nous pouvons répéter cet exercice presque autant de fois qu’il y a de psaumes, tant ils respirent la confiance. Ne nous lassons donc pas de jeter notre cri de détresse ou de louange vers Dieu avec le psalmiste : « En toi, j’espère tout le jour. » « Elle est en toi, mon espérance. » «  Toi, mon bouclier, mon abri, j’espère en ta parole. » « En toi seul, le repos de mon âme » … 

C’est un fait d’expérience : la prière est un lieu essentiel pour s’exercer à l’espérance, je dirais même pour « muscler » l’espérance, même si c’est un cadeau gratuit reçu de Dieu.  Et, dans les psaumes, Dieu nous met, dans le cœur et sur les lèvres, les mots mêmes qui le touchent et qui nous font grandir en amour et en paix, qui font germer en nous une espérance plus vivace.

Car il n’est pas si simple de traverser la vie en gardant allumée la flamme de l’espérance. Cette « petite fille espérance » dont parle Péguy, est vive, légère, et nous soulève d’un grand désir. Oui ! Mais cet élan, s’il est encore trop humain, risque de s’user devant les difficultés de la vie, face à notre pauvreté, devant le scandale du mal dans le monde, et dans notre « famille-Eglise ». L’espérance chrétienne est donc plus qu’un désir ou une attente. Elle est une force dans l’adversité. Une force pour résister au mal et pour franchir les obstacles, dans les grandes épreuves, bien sûr, mais aussi dans la vie courante ! Encore faut-il « saisir fortement l’espérance qui nous est offerte » car « en elle, nous avons comme une ancre de notre âme,sûre autant que solide, et pénétrant au-delà du voile » (Hé 6, 18-19), avec le Christ notre roc et notre berger.

Nous qui sommes des êtres de chair, vulnérables et changeants, ne ressemblons-nous pas un peu à des funambules novices, instables sur la corde de l’espérance ? Tantôt nous penchons vers une trop grande confiance en nos propres forces, et laissons peu de place à Dieu par une sorte d’autosuffisance. Tantôt nous penchons vers le désespoir, qui touche pas mal d’hommes et de femmes, déstabilisés dans un monde en mutation souvent chaotique et violent. Bref, l’espérance est loin d’être facile. Mais Dieu peut nous sortir du désert de la désespérance, car Il est un Père tendre et attentif aux plus fragiles.

 Malgré les écueils, il existe cependant des funambules plus expérimentés dans les voies spirituelles, et il en existe certainement plus qu’on ne le pense. Ce sont les saints, autrement dit, les amis de Dieu. Petit à petit, nous devenons ces amis de Dieu qui se gardent autant de la présomption que de la désespérance, car ils s’appuient sur Dieu seul, avec la confiance de l’enfant selon l’Evangile. Ils marchent humblement dans la fière liberté des fils de Dieu.

L’espérance, c’est une grâce inouïe ! Mais, en avons-nous une conscience assez puissante ? Mesurons-nous la chance qui est la nôtre d’avoir reçu de Dieu le triple cadeau de la foi, de l’espérance et de la charité, qui se tiennent la main comme des sœurs et grandissent en s’appuyant l’une sur l’autre ?

Attention ! St Paul rappelle aux Ephésiens qu’avant de rencontrer le Christ, « ils étaient sans espérance et sans Dieu dans le monde. » (Eph. 2, 12). Dans sa magnifique encyclique « SPE SALVI », « SAUVES DANS L’ESPERANCE »,(Rom 8,24) Benoît XVI suggère que des païens, des incroyants qui découvrent le vrai Dieu et le rencontrent « pour la première fois et réellement »  sont peut-être plus à même que nous, les « vieux chrétiens, » de saisir à quel point l’espérance EST « rédemption », « libération ».

Benoît XVI donne comme exemple une sainte toute proche de nous dans le temps : Ste Joséphine Bakhita (1869-1947). Née au Soudan, elle a été enlevée à 9 ans par des négriers et a vécu les atrocités inimaginables de l’esclavage. Providentiellement libérée en venant en Italie, elle demande le baptême et devient religieuse. Voici le témoignage sorti de sa bouche : « Quand j’étais esclave, je ne me suis jamais laissée aller au désespoir ; parce que je sentais en moi une force mystérieuse qui me soutenait. »  En voyant le Fils de Dieu crucifié mourir comme un esclave, elle découvre que cette « force mystérieuse » venait de lui, et elle croit en ce « Maître » bon qui l’a portée sans qu’elle le sache. « Désormais, dit Benoît XVI- elle avait une « espérance » (…) : je suis définitivement aimée, et quel que soit ce qui m’arrive, je suis attendue par  cet Amour. Et ainsi ma vie est bonne. Par la connaissance de cette espérance, elle était « rachetée », elle ne se sentait plus une esclave, mais une fille de Dieu libre. »  (D.C. N° 2393, P.15 – janvier 2008).

Puissions-nous « saisir fortement cette grâce », les yeux fixés sur le Christ, et tenant la main de notre Mère à tous la Vierge Marie, elle, « l’étoile de l’espérance »  qui n’a jamais douté du dessein de Dieu. Le samedi saint, quand son Fils reposait au tombeau et que les disciples étaient accablés de souffrance et de peur, elle gardait précieusement en son cœur les premières paroles de sa vocation à la maternité divine, celles de l’archange Gabriel (Lc 1, 30) : « Ne crains pas, Marie, le Seigneur est avec toi. Tu enfanteras un fils (…) et tu l’appelleras du nom de Jésus… Et son règne n’aura pas de fin. »

Aujourd’hui le Seigneur me dit, nous dit à tous : « Ne craignez pas, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Alors, j’essuierai toute larme de vos yeux.  Vous me verrez tel que je suis. Vous vous regarderez les uns les autres et vous vous aimerez tous dans une communion fraternelle transfigurée, car vous serez plongés ensemble dans cet éternel « Buisson ardent » qu’est l’amour du Père, du Fils et de l’Esprit. » Amen.

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